Qui a fait le jeu du Front National ?
Réponse : la ''droite républicaine'' et la ''gauche plurielle'', en instaurant un consensus raciste et sécuritaire qui n'a fait que banaliser et légitimer le discours d'extrême droite.
Le schéma est ancien, hérité de Platon : il y aurait d'un côté la plèbe, ''bas-ventre'' du ''corps social'', de l'autre les philosophes-rois qui en forment la tête. D'un côté, par exemple, la ''fièvre collective'' de décembre 1995, de l'autre la voix de la ''raison'' incarnée par Alain Juppé, Nicole Notat et la quasi-totalité des éditorialistes (1). Il en va de même à propos des politiques d'immigration : les partisans de ces politiques ne cessent d'afficher leur ''raison'' et d'invoquer les ''émotions'' et les ''peurs des Français''. Ils se disent ''à l'écoute'' des ''émotions populaires'' - la formule, glaciale, est de Lionel Jospin - dans le but de les contenir. Ils affirment enfin qu'être sourd aux ''inquiétudes'' et aux ''demandes de fermeté'' de ''l'opinion'', c'est ''faire le jeu du Front National''...
Les résultats électoraux confirment cette hypothèse : les régions les plus touchées par le vote FN ne sont pas celles où il y a le plus d'immigrés ou d'étrangers, mais souvent celles où les élus ont rivalisé de démagogie et de xénophobie avec le FN. Souvenons nous : au mois de février 1997, le ministre de l'intérieur Jean-Louis Debré affirmait qu'en l'absence de résultats économiques ou sociaux, ses lois très répressives et ses charters d'expulsés allaient assurer à la droite une victoire aux prochaines élections. Trois mois après ces prédictions, la droite était largement battue lors des élections législatives anticipées. Et parmi les candidats battus, on retrouvait la plupart des députés qui avaient rivalisé avec le FN sur le thème des ''problèmes d'immigration'' : Ernest Chenière, Jean-Louis Beaumont, Suzanne Sauvaigo, Raoul Béteille, Éric Raoult, Richard Cova, Serge Dassault...
Démonstration :
À ces discours rebattus, il faut opposer une toute autre hypothèse : et si le racisme venait d'en haut ? Et si la demande xénophobe était produite par les ''réponses raisonnables'' des élites ?

